
Depuis le temps que je viens au Québec (la première fois, il y a 7 ans), j’ai eu le temps de faire de nouveaux amis dans le Belle-Province et plus particulièrement à Montréal. Chaque fois, je me réjouis de retrouver Caroline, François, Christian et Nicholas et de discuter avec eux de nos habitudes de vie différentes. Une sorte d’anthropologie de commerce mais très intéressante! Je me permets donc ci-dessous de faire une petite synthèse de nos conversations, sans aucune valeur scientifique, mais avec une grande valeur subjective et tout à fait non systématique.

Les Français!
Il est toujours intéressant de discuter avec un Québecois de la France. Etonnemment, ils portent le même regard sur la Métropole que nous les Suisses. Les Français sont souvent hautains et considèrent que c’est toujours mieux dans leur pays. Nombreux sont les Français qui ont immigré au Québec: il est donc assez habituel d’entendre l’accent de nos voisins dans ces contrées lointaines. Les Québecois ne reçoivent pas les chaînes de télé françaises et n’écoutent pas la musique française. Cela ne sert à rien de parler de Nolwenn, de Jenifer ou de Lorie, ils ne sauront pas qui c’est! Par contre en 2007, jamais on aura autant entendu parler d’une campagne présidentielle (contre Royal) et d’une compagne présidentielle (Bruni). En Suisse romande (que j’appelle Suisse Francophone pour me faire comprendre), nous sommes complètement annexés par la culture Française. Il n’y a pas trop de culture de masse romande (musicale ou cinématographique). Les seuls épargnés sont les comiques suisses qui arrivent à faire carrière à l’intérieur de nos frontières et du Röstigraben.

La Météo
Les Québecois suivent la météo dans les moindres détails. La chaîne Meteomedia arrive à meubler 24 heures d’antenne avec ça. Je dois dire que moi-même, quand je zappe dessus, je reste accroché aux températures des 14 prochains jours et du fait le plus incroyable qu’il soit: il fait -3° en Abitibi-Temiscamingue. C’est vrai qu’ici, la météo joue un rôle important dans le mode de vie québecois: quand il fait -25°, on prévoît sa journée autrement que quand il fait 5°. La Ville de Montréal a par exemple relié de manière souterraine la plupart des gratte-ciel et commerces du centre-ville. Par grand froid, très peu de gens marchent en surface, dans les rues enneigées. Enfin, les villes québecoises sont assez fortes dans le déneigement: à Montréal, une technique savante de ramassage de la neige s’opère aux premiers flocons. On arrose la ville de sel, à tel point que tous mes pantalons ont des traces blanches en bas. En Suisse, les gens ne suivent pas plus que ça l’évolution du temps, MAIS c’est une sorte de rituel, tout le monde regarde le météo après le téléjournal de 19:30 (parmi les meilleurs audiences à la télévision suisse romande). Il suffit d’avoir 10 centimètres de neige pour que nos petites villes Suisses qui se veulent grandes, soient complètement engorgées, l’aéroport fermé etc.

L’heure des repas
Le Québecois mange en général assez tôt. Dès 11h30, on voit des gens au restaurant. Le soir, les premiers commencent à manger à 17h, mais j’ose espérer que l’écrasante majorité commence plutôt vers 18h. En Suisse romande, nous mangeons en règle générale à partir de 12h00, le soir dès 18h30. En Suisse alémanique, les heures sont presque les mêmes qu’ici au Québec! Alors qu’il arrive souvent en France et en Suisse, d’avoir des repas simples (pain, fromage), les Québecois mangent assez peu de fromage (il est cher). Ne demandez pas non plus un moulin à poivre dans un restaurant: le serveur viendra vous en servir lui-même… il semblerait que le poivre soit trop cher ici pour qu’on le laisse sur la table du restaurant. Enfin, allez savoir pourquoi en Suisse (et en France?), on organise des « buffets canadiens », au Québec, ils ne sauront pas ce que c’est et il faudra parler de potluck.

Le Café
Dans 90% des établissements du Québec, le café est dégueulasse! Le café filtre est la règle quasiment partout. On ne dit pas un renversé, mais un Café Latte. Je suis par exemple allé dans un chaîne de restauration rapide canadienne Tim Horton’s. J’ai demandé un capuccino sans caféine. Réponse de la caissière: « Nos cafés n’ont jamais de caféine ». On sera heureux de l’apprendre! En Suisse, le café est en règle générale assez fort et plutôt bon. Il ne faut néanmoins pas s’attendre à avoir un grand choix de saveurs, de textures et de goûts comme ici au Québec.

La langue française
Qu’on se le dise, les Québecois en ont un peu marre que l’on considère que leur langue vient d’un autre temps et a été fossilisée depuis le 16ème siècle. Comme me disait Caroline, bons nombres de Français ont l’impression de parler à leurs ancêtres quand ils parlent à des Québecois, comme une sorte de Retour vers le futur à bas prix. La langue Québecois a en effet pas mal évoluée, des fois avec des mots plus que suprenant: « On vous rappelle si on a une cancellation », m’a t’on dit l’autre jour. Je suis également allé me faire couper les cheveux récemment: la coiffeuse m’énumérait à voix basse tous les gros mots québecois afin que ses collègues ne l’entendent pas . Ce qui me faisait rire, puisque j’avais beaucoup de peine à imaginer tout ce qu’elle pouvait ressentir comme gêne à prononcer les mots d’hostie, chrisse, esprit, tabernac, etc. Il existe également un Québecois « radio-canada » qui se rapproche du Français dit Européen mais que les présentateurs se forçant perdent sur les grandes phrases. Sachez enfin que j’entends la plupart du temps ici: « ah vous êtes français? ». Les Québecois ne différencient pas toujours l’accent suisse de l’accent français malheureusement… mais ça commence!
A suivre…