La Conseillère Fédérale Eveline Widmer-Schlumpf

La Suisse n’aime pas les révolutions, les changements politiques rapides, mais il faut le souligner, les Helvètes ont été servis ces derniers jours. Christoph Blocher est évincé par le parlement par Eveline Widmer-Schlumpf et l’UDC, son parti, fait pression sur la nouvelle élue pour qu’elle n’accepte pas son élection, autant d’éléments qui ont remué le pays ces derniers jours.

Eveline Widmer-Schlumpf a finalement accepté son élection au Conseil fédéral. Cette ministre des finances du Canton des Grisons se trouve propulsée du jour au lendemain à la charge politique la plus importante de la 19ème puissance mondiale. Le problème, c’est que l’UDC son parti ne la soutient plus au motif que celle-ci n’était pas la candidate officielle et qu’elle ne correspond pas au « courant majoritaire du parti ».

C’est qu’à l’UDC on aime pas les courants minoritaires: on les utilise pour gagner des élections dans plusieurs cantons, mais on les oublie lorsqu’il faut mettre en avant Christoph Blocher. Avant l’arrivée du tribun zurichois, le parti faisait 10-11% des voix au niveau suisse et obtenait un vote centriste paysan et les études le montrent, ces électeurs là votent encore pour le parti. L’UDC devra gérer ses différentes tendances. Au vu de ce qui s’est passé au parlement où une série d’élus UDC plus centristes ont été écartés des commissions parlementaires, cela risque d’être compliqué.

Le peuple désigne le parlement. Le parlement désigne le Conseil fédéral. L’UDC est amer car à force d’afficher Blocher partout pendant les élections fédérales et d’être le parti à avoir obtenu le plus de suffrages, le parti estimait que l’élection du tribun zurichois était assurée. La Constitution est ainsi fait que le parlement a tout loisir de choisir ses conseillers fédéraux. La Constitution est justement ainsi prévue pour que l’exécutif soit lissé, gère le pays et ne fasse pas campagne en permanence. On le sait, l’UDC a beaucoup de peine à accéder aux fonctions exécutives dans les autres élections populaires. Le parlement n’a reçu que pour seul message du peuple: donner à l’UDC 29% des sièges du Conseil fédéral. Le parlement a donc respecté son engagement avec le peuple.

Ce qui est le plus marquant aussi dans cet épisode politique, c’est l’action du centre-droit. La Conseillère d’Etat a été élue par le PDC et une partie des Radicaux. La gauche et les Verts n’ont pas voté pour l’UDC, tout comme l’UDC qui n’a pas voté pour les deux Conseillers fédéraux socialistes. N’en déplaise à l’UDC, Madame Widmer Schlumpf n’a pas fait basculé d’un coup le Conseil fédéral à gauche. Il n’y a que deux socialistes au Conseil Fédéral et les autres membres de l’exécutif se reconnaissent eux-mêmes comme issus de partis bourgeois.

L’UDC oublie qu’on peut être de droite et ne pas être en accord avec l’UDC, tout comme on peut être de gauche et être en désaccord avec l’extrême-gauche. Il y a une tendance naturelle pour les électeurs de droite à considérer que seul l’UDC parle vrai et qu’il mène une « vraie politique de droite ». Je conteste ce genre de tendance qui considère que la pureté idéologique se trouve aux extrêmes. On retrouve souvent ce même type de sentiment chez une partie de la gauche vis-à-vis de l’extrême-gauche.

Ce n’est en effet pas ces politiques tranchées qui ont fondé notre pays, mais l’explication, la discussion, l’opposition constructive et le respect des institutions politiques. « L’UDC blochérienne », comme le disent les membres eux-mêmes, progressera encore lors des prochaines élections fédérales au détriment d’une force ou de l’autre. L’UDC fait planer cette menace, mais à moins d’atteindre plus de 50% des voix, il est à parier que le parti agrarien devra trouver des alliés, arrêter les provocations et lisser son discours, s’il veut jouer un rôle moteur au gouvernement.

Blocher en mouton noir
Image humoristique montrant Christoph Blocher en mouton noir et qui a commencé à circuler dès mercredi après-midi par internet.